Question Entrainement



Cher professeur, cela fait plusieurs mois que je consulte avec soif de connaissances votre site car il regorge d’informations très interessantes. Je suis étudiant en 3éme année de STAPS et je pratique le foot en club depuis mon plus jeune age. Récemment, je me suis mis à l’athlétisme et plus particulièrement au 1500m (en vision du CAPEPS et pour mon plaisir). J’ai découvert la souffrance musculaire qui accompagne les séances de type "puissance anaérobie lactique" (ex : 5*300m ac récup de 30" entre chaque 300m, à 20 km/h = 18s au 100m), en effet j’ai beaucoup de mal pour récupérer de ces effort en résistance et tout particulièrement au niveau de mes mollets... Il me faut environ 4-5 jours de repos avec récupération optimisée (récup active : natation, hydratation, bains chauds, étirements, massages) avant que les courbatures très douloureuses ne commencent à disparaître ; alors que je récupère en 1 ou 2 jours d’un match de foot où l’on retrouve tous types d’efforts faisant intervenir les différents métabolismes energétiques. Que puis-je faire de plus pour accélerer cette récupération suite à mon entrainement hebdomadaire sur piste, et pouvoir enchainer plus d’entraînements dans la semaine (tout en conciliant mes 2 entrainements de foot et le match du dimanche) ?? Je suis ouvert à tous procédés, et tous conseils.
Sinon, j’aurais également aimé savoir l’origine du gout de sang dans la bouche et de la toux qui accompagnent la fin des efforts intenses, comme à la fin d’un 1500m ??

Merci d’avance pour votre aide précieuse.


REPONSE

Julian,
Vous me racontez une histoire du style « dites-moi docteur pourquoi j’ai mal à la tête quand je me donne des coups de marteau dessus »
La réponse est logique, et c’est la logique qui malheureusement fait le plus défaut aux sportifs.
Vous êtes dans un état d’esprit de dépendance psychologique.
Relisez votre texte, il est éclatant de vérité
« J’ai découvert la souffrance musculaire… » et cette souffrance vous paraît obligatoire, méritée comme une récompense. Vous nagez dans les endorphines. Se faire du mal pour avoir du bien. C’est classique, ne craignez rien, vous êtes dans la classique dépendance du sportif jeune et plein de ferveur de type limite…
La réalité est simple. Votre entraînement est tellement dur que les fibres musculaires gorgées d’acide lactique et d’ammonium, n’ont pas le temps d’éliminer leur excès d’acidité pendant les 30 sec de récupération. Elles repartent en anaérobie avec des ATP introuvables. Alors 2 ADP donnent un ATP et un AMP. Comme dans les cellules il y a de l’AMP désaminase qui s’active aux pH bas, elle désamine l’AMP et produit de l’ammonium NH4+ qui intoxique les cellules musculaires et détruit les tissus. L’ammonium relance l’acidose en favorisant la glycolyse anaérobie qui s’arrêterait d’elle-même. Ces lésions inflammatoires créent des mini déchirures et des mini oedèmes locaux avec intervention des globules blancs. Les protéines cellulaires sont détruites localement, les fibres actines et myosines sont délabrées. Il faudra plusieurs jours pour réparer.
Il ne faut donc pas répondre à votre question « comment accélérer cette récupération » mais répondre à la question « comment éviter ces lésions »
Je vous conseille de revoir votre préparation en allongeant le temps de récupération entre les séries.
Selon Fox et Mathews, pour travailler l’anaérobie alactique il faut une récupération 3 fois plus longue que celle du travail. Un sprinter qui court 10 sec doit récupérer 30 sec. Pour le métabolisme aérobie, le temps de récupération doit être égal à celui du travail ou lui être supérieure de 50 %
Si vous augmentiez la période de travail, votre organisme aurait le temps de s’adapter et vous pourriez réduire le temps de récupération, mais sur vos 300 m c’est impossible car jusqu’à un effort de 90 sec l’organisme ne peut pas d’adapter. Il subit.
A mon avis, le foot vous laisse le temps de récupérer, et vous le dites vous-même, vous ne souffrez pas de courbatures dans ce cas.
Le goût de sang dans la bouche et la toux sont des signes d’épuisement. Votre salive arrive dans une bouche sèche dont les papilles sont en partie déshydratées par la respiration de l’hyperventilation. C’est un goût bizarre qui ressemble à celui du sang, mais qui ne fait que ressembler, sans plus. Détérioration du goût par les conditions physico-chimiques locales. Une gorgée d’eau est suffisante, il faudrait simplement se rincer la bouche.
Quant à la toux, elle reflète également l’irritation bronchique de l’hyperventilation.
Vous devriez éventuellement modifier votre rythme respiratoire en fonction de votre vitesse de course. Je vous recommande de rincer votre bouche avec une solution diluée d’Hextril avant le départ ou de sucer des pastilles de Strepsils en vente en pharmacie sous divers parfums.
Etes-vous certain de ne pas avoir un peu d’asthme ?
Bonnes courses
Merci de votre confiance
AC

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