Anorexie : un témoignage


Anorexie et sport : une lutte, une victoire


Anorexie : Mon histoire, ma victoire.

Je suis une jeune femme de 33 ans, ingénieur chimiste, et j’ai souffert d’anorexie.
Je tiens à apporter ici mon témoignage pour que tous ceux et toutes celles qui sont dans le désarroi, sachent comment j’ai réussi à vaincre cette maladie.
J’ai glissé dans l’anorexie sans m’en rendre compte, vers l’âge de 19 ans, au début d’études en classe prépa galères, avec des résultats complètement minables par rapport à ceux que j’avais eu jusqu’alors, et au prix d’un travail jusqu’à minuit-1h du matin tous les soirs !
Seule dans un appartement, je ne rentrais voir mes parents que le week-end, et petit à petit mes apports alimentaires ont diminué au fur et à mesure que le moral flanchait. Mais pas encore trop de kilos perdus !
Ayant été un peu rondouillette à l’adolescence, mon nouveau poids me satisfaisait. Une fois le concours réussi et l’école d’ingénieurs intégrée, j’étais toujours aussi studieuse, et cela allait beaucoup mieux du côté des résultats, donc du moral ! Par contre, aucune envie, ni aucun effort pour reprendre une alimentation plus conséquente. C’était surtout aux repas du soir que je mangeais peu. Et de plus, je me suis trouvée un allié de choix : le sport ! J’en ai toujours fait, de la natation, de la course à pied, et depuis 2 ans, je m’étais mise au vélo (le virus de la famille) J’adorais la sensation de bien-être au retour des sorties !
Suite à mes progrès sportifs, la 3ème année, j’ai attaqué la compétition cycliste. Les progrès étaient là, avec quelques résultats, des sélections en équipe régionale, des courses nationales et internationales. Mais alors que les quantités de nourriture et surtout de sucres lents auraient dû s’élever, je – mais c’était une autre moi ! - prenais un malin plaisir à voir quelles étaient mes limites : avoir cette sensation de faim, qui s’ajoutait à l’euphorie provoquée par la sécrétion des endorphines de l’entraînement, me procurait une grande satisfaction. Le but était donc de manger suffisamment, mais pas trop, juste pour pouvoir m’entraîner, et de rentrer affamée, ou presque, de mes entraînements !
A ce petit jeu, en 4 ans j’ai perdu 10 kg. C’est peu dans le cas de l’anorexie, mais quand on fait de l’ordre de 10 à 15 h de vélo par semaine sur un rythme de compétition, c’est beaucoup ! Je suis donc arrivée à 38 kg pour 1m60 et je pouvais faire des sorties de 4 à 5 h avec 2 cuillères de pâtes et une tranche de jambon dans le ventre !
A ce moment-là je ne connaissais pas encore le mot anorexie, j’avais 22 ans. Mes parents devaient commencer à s’inquiéter, mais eux non plus ne connaissaient pas cette maladie. C’est une relation du milieu du vélo qui avait connu ça avec sa fille qui les a alertés. Alors je suis allée voir une diététicienne : elle m’a prescrit un régime alimentaire en m’indiquant des quantités à respecter, et m’a envoyée voir un psychologue. Mais je n’avais pas d’atome crochu avec lui, et les séances de relaxation ne me faisaient pas beaucoup d’effet. Enfin, j’avais quand même pris conscience que j’étais allé trop loin. J’ai repris 3-4 kg puis j’ai tout arrêté. Je pensais que maintenant, à 42 kg, c’était bon. J’avais assez grossi et puis je maîtrisais bien l’affaire !
Ainsi pendant 5 ans, je suis restée à peu près à ce poids, en reprenant 2 kg en hiver par baisse de l’activité sportive. Puis la motivation pour la compétition s’est envolée, mais pas l’envie de pédaler. Je me suis consacrée aux épreuves cyclo-sportives, des épreuves de masse de longues distances -120 à 200 km, avec parfois beaucoup de montagne soit de 5h à 8h et même 9h de vélo sur un bon rythme. Là, j’ai recommencé la descente aux enfers tout doucement !
Célibataire, je me partageais entre le boulot, le vélo et les week-ends chez mes parents ou ces épreuves sportives ! Et quelques échecs amoureux en plus ! J’avais des périodes de grosse fatigue, mais j’arrivais toujours à reprendre le dessus. Puis la solitude a commencé à peser de plus en plus. J’étais redescendue à 37-38 kg .
En début d’année 2001, sur les conseils de ma famille, j’ai commencé à suivre des cours de clarinette pour essayer de m’occuper à autre chose. Mais un soir, pendant un cours, j’ai eu un malaise !! J’ai arrêté la clarinette 2 mois après le début des cours ! Un autre soir, j’ai souffert de crampes d’estomac terribles, j’étais pliée en deux. J’ai appelé le médecin de garde qui a tout de suite décelé mon anorexie et m’a dit fermement que je ne pouvais pas rester dans cet état ! Il m’a prescrit les examens d’usage et m’a demandé de venir le voir pour les résultats. A son cabinet, une fois la crise expliquée, il m’a de nouveau parlé de mon problème d’anorexie. Il connaissait une psychothérapeute très bien, « spécialiste » de cette maladie et travaillant aussi en hôpital. Ne voulant pas me relâcher comme ça dans la nature, c’est lui qui l’a appelée pour mon premier rendez-vous. C’était en mai 2001.
La confiance s’est tout de suite installée entre elle et moi, toutes les semaines j’allais religieusement à ma consultation, ça me faisait un bien fou de parler de tout ce que j’avais vécu et ce que je ressentais. Elle m’aidait à déterminer le sens de certaines actions, situations. Je ne reprenais pas de poids, mais mentalement, j’avais inversé le processus d’autodestruction : je ne cherchais plus systématiquement à moins manger. Au contraire, je m’autorisais de nouveau certaines choses, aussi bien en matière d’alimentation, que de comportement Un jour, je suis allée à ma consultation avec un petit tatouage tout neuf sur l’épaule ! Mon rêve depuis des années, encore plus fort quand j’avais découvert celui de ma sœur ! Ma psy a été ravie, elle aussi !
Début juillet, j’ai rencontré au cours d’un week-end vélo, par le biais d’amis communs, un garçon aussi mordu de vélo que moi. Un petit brun qui participait allègrement à l’ambiance très détendue de la première soirée. En plus, il me connaissait déjà de vue, car nous avions participé ensemble à beaucoup d’épreuves. C’est surtout le lendemain que j’ai discuté avec lui, après la course. Nous nous sommes rencontrés sur d’autres épreuves, le mois suivant. On a commencé à s’appeler régulièrement et on passait des heures à papoter ! Puis en septembre, il m’a invitée à passer un week-end chez lui, à Grenoble – nos amis communs habitaient aussi Grenoble. Là, j’ai vraiment pu lui parler de mes problèmes.
C’est sorti tout seul, et peut-être m’a-t-il un peu aidée à la confidence, mais ça m’a fait plaisir quand il m’a dit « on (en incluant nos amis communs) va s’occuper de toi » ! C’est bien la première fois qu’on me disait ça ! Nous avons bien pédalé le lendemain, et aussi bien discuté ! Prendre le chemin du retour sur Clermont a été très difficile. J’y suis retournée 2 semaines plus tard … et je l’ai invité à venir chez moi passer une semaine ! Ainsi, préparant le CAPES en candidat libre, il a fait la navette entre Grenoble et Clermont-Ferrand pendant quelques bons mois.
Pendant un an et demi, entre mes séances avec la psychothérapeute et mes discussions avec lui, son soutien, mais surtout sa patience, j’ai repris du poil de la bête et 10 kg. Il y a eu des périodes très difficiles pour lui. Il n’était pas question que j’arrête le vélo – d’ailleurs, on y allait très souvent ensemble- mais de façon inattendue et apparemment contradictoire, alors que je mangeais plus qu’auparavant, j’ai perdu beaucoup de forces, et mes performances ont chuté de façon vertigineuse ! C’est très dur psychologiquement de ne plus pouvoir faire ce qu’on faisait quelques mois auparavant. J’avais tiré mon corps à bout pendant des années, en l’affamant et en lui imposant des efforts intenses, et maintenant, il me disait « stop, on arrête les dégâts, repose-toi » Mais je ne voulais pas m’arrêter ! Rester sans ne rien faire pendant plus de 2 jours était un calvaire ! Alors mon ami me poussait –avec raison- à manger plus. Je lui répondais « oui, OK, je fais un effort à partir du prochain repas » Mes efforts tenaient 2 jours puis s’arrêtaient. Mais bien involontairement ! C’est ça le pire.
Dans cette période charnière, vous comprenez bien ce que vous devriez faire pour guérir, mais il y a un 2eme « je » qui prend un malin plaisir à venir vous bloquer dans vos efforts ! Il y a eu de grosses engueulades ! C’était dur pour lui de me voir continuer à m’acharner sur ma santé. Quand il n’y avait pas assez d’aliments dans mon assiette à certains repas, il me faisait comprendre qu’il fallait que je me serve d’avantage. Parfois, c’étaient des bouderies d’une soirée entière !
Mais il y avait tout de même de bons moments et même si les progrès étaient lents, ils se faisaient sentir petit à petit. J’ai appris à aller à la séance de 19h au cinéma et à manger des pâtes à 22h en rentrant, à prendre un menu complet au restaurant, à refaire 3 vrais repas, à ne plus avoir peur des aléas de certaines « excursions » en matière de nourriture.
Début 2003, les voyages entre Clermont et Grenoble me pesaient de plus en plus : mon moral et mon boulot en faisaient les frais ! J’ai pu négocier mon licenciement et depuis juin 2003 nous habitons ensemble à Grenoble. J’ai donc arrêté les séances de psychothérapie. Ma psy m’a dit que c’était la première fois qu’elle voyait une guérison aussi rapide sans hospitalisation ! J’étais fière de moi et de mon ami, sans qui je n’aurais pas réussi aussi vite. Depuis, je me suis stabilisée à 47-48 kg, je ne me pèse qu’une fois tous les 2 ou 3 mois, je fais du vélo à mon allure et uniquement pour le plaisir. Si je n’y vais pas de 2 ou 3 jours je n’en fais pas une maladie –j’ai même eu un sevrage de 3 mois suite à un accident ! Mais là, ce fut quand même dur ! - je mange correctement de façon adaptée à la quantité de sport que je fais –même si mon ami reste persuadé que je me ferais encore plus plaisir sur le vélo si je mangeais encore un peu plus -, et je me suis habituée à mon nouveau corps.
C’est également une chose difficile en phase finale. On est contente d’en être sortie, mais il faut s’approprier ses nouvelles « rondeurs » ! Bon, quand on ne vous fait que des compliments et des « je te préfère comme ça, c’est beaucoup plus joli à voir », que certains regards s’attardent sur vous dans la rue, c’est beaucoup plus facile ! Je sais que je ferai toujours attention à ce que je mangerai, dans le sens, si le chocolat est ma gourmandise préférée, -je me contente d’un carré le midi et le soir –et même 2 gros carrés après une bonne sortie de vélo ! Je ne cuisine pas de plats en sauce, pas de friture, très peu de fromage, juste sur les pâtes, très peu de pâtisseries sauf un bon gâteau au yaourt de temps en temps ou le dessert du restaurant et des occasions de fêtes. Tiens, ça aussi j’ai arrêté avec ma guérison : faire des gâteaux –pourtant je me débrouille très bien parait-il ! - pour nourrir les autres !
Le sport m’aide aussi beaucoup : avec 10 à 15h par semaine –du vélo de janvier à octobre- les calories sont vite décomptées et on peut manger plus facilement de bonnes assiettes de pâtes ou de riz, ainsi que de bons riz au lait, et le repas du restaurant ne fait plus peur ! Mais je n’ai tout de même pas un appétit d’ogre !
Un autre point très difficile à gérer, quand on essaye de se sortir de l’anorexie, surtout une fois qu’on a repris un poids normal, c’est la lecture des articles répétitifs de tous les magasines féminins sur les régimes, et les photos des stars qui ont vaincu leurs kilos récalcitrants à l’aide du régime tartempion !! Zut alors, tout le monde fait des régimes pour maigrir et être bien mince, et moi je dois faire des efforts pour grossir et accepter mes petites rondeurs !!! Pas facile à gérer dans la tête, et ça énerve ! Alors, le mieux, c’est de ne pas acheter ces magazines, mais là, c’est se priver des revues du mois de mai au mois d’août !!!
Quand on est guéri au sens médical strict du terme –plus de danger pour la santé, indice de masse corporelle (IMC) normal- il reste encore tout de même un gros travail à faire sur soi, dans sa tête, pour ne pas de nouveau renverser la vapeur et retomber dans ce puits. Et là, l’entourage, surtout le (ou la) petite ami(e) peut faire beaucoup de bien.
Pendant 1 an, mon ami a contrôlé le contenu de mon assiette, discrètement, du regard, et quand la dose commençait à diminuer imperceptiblement, il y avait un rappel à l’ordre. Ce fut assez lourd, j’avais l’impression qu’il ne me faisait pas confiance, qu’il ne comprenait pas que maintenant j’étais sortie d’affaire et assez grande pour gérer les quantités que j’avalais, en fonction de l’appétit du moment. On en a discuté à plusieurs reprises, et il me répondait qu’il avait trop peur que je recommence, qu’il ne le supporterait pas. C’est là que j’ai compris que lui aussi avait encaissé beaucoup de « stress » durant cette guérison. Alors j’ai fait un maximum d’efforts, il m’a fait de moins en moins de remarques ! L’été dernier, j’ai légèrement moins forcé sur les sucres lents –source d’énergie indispensable aux cyclistes- et la sanction a été immédiate : fatigue pendant 2 mois !! Depuis, je mange mieux, et je n’ai plus droit qu’à une toute petite remarque de temps en temps, disons qu’il est mon garde-fou !
L’automne dernier, j’ai tout de même senti que si je me considère comme guérie, je suis encore fragile, et qu’il subsiste quelques failles à surveiller et à combler. Au retour d’une sortie de vélo avec mon ami, je me suis fait renverser par une voiture dans un rond-point. J’ai eu la plus grosse peur de ma vie. Couchée par terre, je respirais difficilement et j’avais des douleurs violentes dans le dos. Bilan : fracture de la 1ere lombaire avec déplacement !! Le chirurgien m’a conseillée une opération vu mon âge et mon activité physique, mais cela voulait dire 3 mois sans vélo, sans sport ! Le soir même, au moment du repas, alors que j’avais du mal à me forcer –je n’avais pourtant rien avalé depuis le petit déjeuner ! -, mon ami m’a brusquée, me disant que si je ne mangeais pas, la guérison serait d’autant plus difficile. Alors je lui ai avoué ma peur de grossir du fait de cette inactivité forcée. Et oui, dans certaines situations, les pulsions et angoisses d’anorexiques peuvent ressurgir violemment sans qu’on s’y attende. Il m’a rassuré. Durant tout le premier mois, je ne pouvais que faire de la marche, et encore, les 2 semaines après l’opération ont été très dures. J’avais moins d’appétit : il s’était adapté à mon inactivité, mais je sais aussi qu’inconsciemment, je faisais plus attention aux quantités. Mon ami m’a laissé faire, peut-être avait-il senti que j’avais déjà trop de mal avec cet accident, pas la peine d’en rajouter. Mais quand après 6 semaines j’ai commencé des marches plus longues, la piscine et un peu de musculation –avec l’accord de ma kiné tout de même - il m’a fait un petit rappel pour revenir dans le droit chemin. Au final, je n’ai pas pris un gramme et les boîtes de chocolats qu’on m’avait offert étaient terminées depuis longtemps ! Maintenant, j’appréhende beaucoup moins les périodes d’inactivité, je sais que mon corps se régule de lui-même, et qu’une alimentation équilibrée sans excès de quantité, même sans sport, permet de garder sa ligne ! Le sport est maintenant devenu pour moi un allié pour mon bien-être psychologique et physique dans le sens où on le conseille : détente, prendre l’air, rencontrer d’autres personnes, découvrir de nouvelles régions, partager des moments de plaisir avec mon ami. Et il m’aide désormais à ne pas replonger dans l’anorexie, car je sais que si je veux faire du vélo dans de bonnes conditions, je dois manger ! Je pense qu’avec les années et les expériences de la vie, les petites angoisses qui me trottent dans la tête de temps en temps, vont progressivement s’effacer. J’en ai de moins en moins, je les balaye vite, et je profite de mieux en mieux de la vie.
Voilà mon « histoire » d’anorexique, juste pour montrer qu’on peut s’en sortir mais il y a quelques éléments incontournables qui sont : une très grosse volonté de s’en sortir et de la patience, un suivi psychothérapeutique avec un médecin en qui on a toute confiance et qu’on va voir avec plaisir, et enfin, l’aide d’un ou de plusieurs proches, le petit (ou la petite) ami(e) étant le must !
Le sport est aussi un bon allié mais attention aussi à ne pas s’en servir pour rester dans l’anorexie : Il permet de se sculpter une jolie silhouette musclée et d’occuper son esprit.

Laure.


Le traitement habituel de l’anorexie mentale est souvent l’hospitalisation. Mais des essais ont été faits récemment en y intégrant une hospitalisation de jour. Alors que le retour au domicile est difficile après une longue hospitalisation totale, il semble que le fait de faire une courte hospitalisation de 3 semaines suivie d’une hospitalisation de jour donne des résultats aussi efficaces. Ce système moins coûteux est proposé par les chercheurs dans une revue médicale (Lancet 2014)

0 vote



Inscrivez-vous à notre NEWSLETTER, recevez nos CONSEILS et tenez-vous au courant de l'actualité médico-sportive