Alcool et traitement des fièvres en (...)



Dans la même rubrique


Avez-vous trouvé cela utile ?

Pas de notes pour le moment



Alcool et traitement des fièvres en 1861. Histoire de la médecine

Quand le rhum était un médicament.

C’est une histoire vraie !
Madame Suzanne Defonte était notre amie. Elle était née en 1911. Quand nous allions lui rendre visite une fois par an à Banyuls, elle nous racontait le " Pas de Calais " de son enfance, le pays minier. Un jour, alors que nous dégustions avec elle une coupe de Champagne, elle me raconta une histoire que j’eus du mal à croire. D’après mes souvenirs, ce devait être vers l’année 1920. Le petit frère de Suzanne avait eu beaucoup de fièvre pendant plusieurs jours et son état empirait. Il ne lui restait probablement que quelques heures à vivre quand le médecin arriva. Le docteur fut affolé par la fièvre et l’état de prostration de l’enfant. Il déclara qu’il n’y avait plus qu’une chose à faire pour le sauver, lui faire absorber du champagne ! L’enfant but du champagne et fut sauvé.

Cette histoire m’amusa et me laissa perplexe. Je ne pouvais pas mettre en doute les dires de mon amie, mais quelles étaient les bases scientifiques de l’époque qui pouvaient justifier l’absorption d’alcool pour le traitement des fièvres ?
La réponse est venue bien plus tard, après le décès de Suzanne, le petit frère en question étant toujours en vie et en bonne santé, grâce à Dieu, ou grâce au Champagne, si j’ose dire.
J’ai en effet découvert un article publié en octobre 1861, montrant que l’alcool était considéré alors par les autorités médicales comme un remède pour lutter contre les crises de paludisme qui était nommé " fièvre intermittente "

Article 6096. Journal de médecine et de chirurgie pratiques, à l’usage des médecins praticiens. Tome XXXII, octobre 1861, 10ème cahier, 32ème année, deuxième série, fondé par Lucas-Championnière.

Emploi de l’alcool au début des accès de fièvre intermittente.

"L’année dernière, M. Jules Guyot publia, dans l’Union médicale, un mémoire intéressant sur l’utilité des boissons alcooliques dans le traitement abortif et curatif des fièvres intermittentes. M. Guyot avait été conduit à cette médication par les succès que lui avait donnés l’alcool dans la période algide du choléra, et, d’autre part, on savait, par des observations nombreuses, recueillies dans la Sologne, en Algérie, à la Nouvelle-Grenade et ailleurs, que le vin, l’eau de vie, le rhum, pris à la première apparition du frisson d’une fièvre périodique, supprimaient non seulement le premier stade de l’accès fébrile, mais souvent aussi l’accès tout entier.
Ces faits étaient trop importants pour que le jeune professeur qui supplée M. Rostan n’en cherchât pas la confirmation dans son service. L’occasion s’étant donc présentée à lui d’expérimenter la méthode de M. Guyot, il l’a saisie avec empressement, et voici quel a été le résultat de ces nouvelles applications de la médication alcoolique.
Un soldat d’infanterie de marine, âgé de vingt-six ans, avait eu pendant un long séjour au Sénégal des fièvres d’abord quotidiennes, puis tierces qui, malgré l’emploi du sulfate de quinine, n’avaient pas duré moins de quinze mois. Il s’en débarrassa toutefois, à son retour en France ; mais elles reparurent en juin 1860 et persistèrent pendant deux mois. En juin 1861, nouvelle invasion des accès fébriles, qui décide le malade à entrer à l’Hôtel-Dieu. On apprend de lui qu’étant en Afrique, il a eu de l’œdème des membres inférieurs. Sa teinte est cachectique et porte le cachet de la chloro-anémie. Quant à la fièvre, elle se manifeste par des accès à type tierce survenant le soir, ne durant que deux ou trois heures, mais d’une intensité considérable. Le malade se plaint de courbature, de céphalalgie sus-orbitaire persistante dans l’apyrexie. On observe la marche des accès pendant une semaine. Ils sont réguliers et rien n’annonçant qu’ils doivent s’amoindrir et disparaître sous la seule influence du changement de milieu, M. Hérard prescrit, pour l’accès qui doit venir, deux petits verres de rhum, à prendre à dix minutes d’intervalle à partir de l’apparition des premiers frissons. Au premier verre, le frisson s’arrête instantanément ; au second verre, le malade se réchauffe et, en somme, l’accès est sensiblement mitigé. Le lendemain, absence de courbature et sentiment de bien-être insolite ; le surlendemain, même prescription que l’avant-veille. L’accès est réduit à un léger frisson ; depuis lors la fièvre a complètement disparu.
A la même époque, on voyait, dans la salle des femmes, une malade âgée de vingt-huit ans, qui avait pris dans la Creuse une fièvre tierce extrêmement rebelle…..M. Hérard prescrivit le rhum à prendre comme dans le cas précédent. Sous l’influence de cette médication, le premier accès fut sensiblement modifié ; le lendemain, la malade se trouvait bien ; le troisième jour l’accès manqua, et la fièvre n’est pas revenue une seule fois pendant les six semaines que cette femme a passées dans le service, à partir de la cessation du dernier accès……
Etudes médicales de M. Burdel de Vierzon sur la Sologne……Il avait constaté, lors des travaux du chemin de fer d’Orléans à Vierzon, que les ouvriers étrangers qui faisaient usage de vin et d’eau de vie étaient beaucoup moins exposés à prendre la fièvre que les Solognots, dont la boisson consistait le plus souvent en un peu d’eau puisée dans les mares voisines et légèrement vinaigrée. L’absence de vin dans la Sologne est, selon M. Burdel, une des causes qui favorisent le plus le développement et la persistance de la fièvre chez ses pauvres habitants . C’est dans un semblable pays que l’on doit regarder le vin comme un tonique puissant et un excitateur précieux des propriétés vitales. Aussi cet auteur appelle-t-il de tous ses vœux la culture de la vigne autour de chaque village possédant quelques pentes inclinées au soleil. Propager la vigne, partout où se rencontrent les conditions nécessaires à sa culture, la créer non pas à titre de spéculation, mais en vue de fournir aux classes pauvres une boisson tonique à la portée de leurs moyens, boisson qui remplacerait d’une manière si avantageuse l’eau miellée ou acidulée, dont l’usage est général en Sologne, semble à M. Burdel, après la production du froment, un des moyens les plus puissants pour vaincre l’inclémence du climat et rendre moins accessible aux influences délétères de la fièvre une population dont la majeure partie, pendant des siècles, n’a su qu’inspirer la pitié."
Cet article authentique a été scrupuleusement recopié par mes soins.
Les temps ont bien changé, et certains doivent regretter la disparition du paludisme en Sologne. On comprend que les médecins n’y allaient pas par quatre chemins ! L’histoire ne dit pas si ces professeurs étaient des producteurs viticoles ou possédaient des plantations de canne à sucre.
Pour la grippe, le grog est toujours conseillé, avec du rhum, évidemment !