Question Surentraînement



Je souhaiterai des informations concernant le syndrome de fatigue chronique . Comment faire pour s’en sortir ?
Merci

Réponse

  • La fatigue chronique qui survient en sport est aussi appelée dans le monde de l’entraînement : le surentraînement. Le syndrome du surentraînement
    est considéré de nos jours comme une pathologie ambiguë dans la mesure où la limite entre fatigue aiguë et fatigue chronique est difficilement
    identifiable. En d’autres termes, il n’existe pas de définition claire du point où la simple fatigue se termine et où le surentraînement commence. On
    parle donc plutôt d’un continuum et l’intérêt d’une démarche diagnostique réside dans le fait de mettre en évidence l’évolution du sujet sur ce
    continuum par la différence entre les signes normaux de fatigue liés à l’entraînement et ceux qui accompagnent l’installation du syndrome.

    Les symptômes du surentraînement sont variés mais on note surtout des signes cliniques(fatigue, insomnie, anorexie, état dépressif). Se détache
    donc l’importance de la composante comportementale. Au total, il s’agit d’un
    champ de détection vaste avec un retentissement certain tant sur la sphère physiologique que psychologique mais sans aucun signe pathognomonique
    certain. En conclusion, l’expression la plus évidente du syndrome est un ensemble hétérogène de signes psycho-comportementaux s’accompagnant d’une
    diminution des performances et d’une perturbation de l’homéostasie.

    Il existe dans la littérature plusieurs questionnaires de type auto-évaluatifs dédiés à la détection du syndrome, qui cherchent à mettre en
    évidence non seulement une baisse du niveau des performances mais aussi des modifications du comportement habituel pouvant notamment affecter les sphères somatiques (altération de l’état général, amaigrissement, pâleur, troubles digestifs, appétit, transit, ballonnements, gastralgies, troubles du sommeil, perturbation de l’activité sexuelle, fatigue musculaire et
    sensorielle, courbatures, crampes, céphalées, vertiges), intellectuelles (troubles perceptifs, fatigabilité intellectuelle), psychoaffectives
    (contact difficile, hostilité, retrait, modifications de l’état émotionnel,
    modifications de l’humeur, modifications de l’état d’anxiété) et volitionnelles (diminution de la volonté, troubles du caractère).

    D’autre part, on sait qu’il y a une relation entre diminution des stocks énergétiques et surentraînement (Gaester et Pool, 1988). Cette baisse de glycogène réduit la disponibilité des substrats glucidiques utilisables pendant l’exercice physique. C’est un des facteurs classiques de la fatigue aiguë qui peut persister lors d’une fatigue chronique. De même, il est
    intéressant de regarder la courbe lactate / puissance dont le déplacement vers la gauche peut représenter le signal du début d’un état de
    surentraînement (Busse et al, 1989). On note donc :
    - Une inaptitude inhabituelle à maintenir l’effort dans la durée.
    - Un engorgement précoce des muscles pour une intensité donnée (acidose).

    La recherche a démontré que lorsque survient un déséquilibre entre exercice et récupération, la perturbation de l’homéostasie est difficilement
    restaurée, les désordres cellulaires, organiques, musculaires et métaboliques ont du mal à se réguler. S’il est difficile de dégager des
    marqueurs biologiques spécifiques, on peut cependant en sélectionner certains qui peuvent contribuer à l’orientation du diagnostic. Quatre grands pôles d’exploration peuvent ainsi être envisagés :

    a. Le système de transport de l’oxygène

    Au niveau du compartiment sanguin, le surentraînement peut s’assimiler à une
    sorte “ d’anémie du sportif ” s’exprimant par des modifications au niveau du bilan du fer. Celle-ci est suspectée dès lors qu’un des paramètres suivants
    descend au-dessous d’une valeur seuil (Williamson, 1981) :
    - Ferritine < 12 ng.ml-1
    - Fer sérique < 50 µg.dl-1
    - Saturation sidérophyline < 16 %
    - Hémoglobine < 14 mg.dl-1 chez l’homme et < 12 mg.dl-1 chez la femme.

    b. La fonction immunitaire

    La recherche contemporaine s’oriente vers un marqueur dénommé IGA salivaire (immunoglobuline A). Un excès d’entraînement provoquerait son
    immuno-dépression ce qui favoriserait l’apparition de troubles au niveau du tractus respiratoire et expliquerait les infections de la sphère ORL
    signalées dans le tableau 1. Mais le suivi de ce marqueur reste pour l’instant réservé au domaine scientifique car il nécessite un matériel
    complexe et coûteux (appareil centrifuge, étuves, micro-plaques, lecteur
    spécifique etc.).

    c. Les conséquences métaboliques de l’activité musculaire

    D’une part, la prise en compte de la variation du taux de base d’acide urique comme index du surentraînement paraît judicieuse dans la mesure où
    une augmentation importante de la charge de travail stimule le catabolisme protidique, ce qui amène une négativisation de la balance azotée. Il en résulte une augmentation de la production d’ammoniaque stimulant l’uréogénèse hépatique et la production d’acide urique. (Kirwan et coll,
    1990). D’autre part, une charge intensive d’entraînement provoque la mobilisation
    excessive des protéines contractiles, entraînant un phénomène de rhabdomyolyse (altérations structurales musculaires / micro lésions
    traumatiques). Cela est mis en évidence par l’élévation plasmatique de créatine phosphokinase (CPK) et de lactate déshydrogénase (LDH) qui peuvent présenter des variations persistant plus longtemps en période de surentraînement (U. Hartmann, J. Mester, training and overtraining markers in selected sport events, Med Sci Sports Exerc, 2000-1, p209-215). (Les CPK sont des enzymes résultant de la dégradation des cellules musculaires suite à un effort physique traumatisant. Lorsqu’on effectue un entraînement
    intensif, les CPK dégradés passent dans le compartiment sanguin devenant ainsi de véritables marqueurs de la fatigue musculaire).

    d. La fonction hormonale

    Les contraintes tant physiologiques que psychologiques d’un entraînement
    intense sont liées à l’élévation d’endorphines résultant du stress. Une augmentation des endorphines au niveau du système nerveux central entraîne la perturbation de l’homéostasie neuroendocrinienne en diminuant la libération des gonadotrophines hypophysaires (l’hormone lutéinisante, LH) qui régule la production de testostérone par les cellules de Leydig. Un
    suivi de l’involution de la testostérone est donc pertinent et envisageable (Guézennec et al, 1984).

    Enfin, l’électrocardiogramme (E.C.G.) est un enregistrement de surface de l’activité électrique du cœur par des électrodes reliées à un
    électrocardiographe qui amplifie le signal électrique. Sous l’influence d’un entraînement intense et prolongé, l’E.C.G. peut objectiver des atypies de repolarisation (H. Monod, R. Flandrois. Physiologie de l’exercice, MASSON, 2000, p60).

    En conclusion, on remarque que détecter les premiers signes du surentraînement, tant qu’ils sont encore rattrapables, passe par un suivi
    complet de l’athlète, tant sous l’aspect de ses performances et de son comportement, que sous celui d’un suivi médical. Il s’agit de s’intéresser à un cortège de signes discrets par un effort constant d’observation, et cela
    d’autant plus que les signes de fatigue chronique paraissent “ sourds ”.

    Dans votre cas, pour réussir à dépasser la fatigue chronique dont vous faites l’objet, tout d’abord posez vous la question de savoir si vous ne
    vous entraînez pas trop souvent, ou de manière trop intensive. Cela peut sembler à première vue paradoxal, pourtant il faut savoir qu’un organisme
    continuellement fatigué et trop souvent sollicité, qui ne récupère pas suffisamment, n’est plus apte à "surcompenser" l’inévitable fatigue
    occasionnée par l’effort physique. En d’autres termes, prenez conscience du fait qu’un entraînement aiguë (ponctuel) entame votre potentiel de performance pour une durée proportionnelle à son intensité (c’est le
    phénomène catabolique) ; ensuite, par le jeu de la surcompensation des réserves énergétiques et de la restructuration protéique (reconstruction
    musculaire encore appelée phénomène métabolique), votre organisme se développe et devient apte à fournir de meilleures performances. Mais vous
    devez savoir que ce système (de surcompensation) s’apparente à un élastique. Si on l’étire et qu’on le lâche assez tôt, il s’envole très haut, (vous
    devenez plus fort, vous progressez, vous pouvez développer des intensités supérieures à l’entraînement et en compétition) mais si on va au delà de sa capacité d’élastance, il casse violemment. Il en est de même de votre
    potentiel de performance. Laissez donc à votre organisme le temps de surcompenser entre deux séances, de mieux récupérer, de mieux drainer ses
    déchets et de mieux réguler ses désordres cellulaires afin de retrouver l’homéostasie (état d’équilibre des différents systèmes du corps humain).
    Orientez votre entraînement non plus sur "la quantité" mais plutôt vers "la qualité" (Maître mot d’un entraînement efficace) ! Ménagez des exercices de récupération où l’intensité sera sous maximale, organisez votre programmation de telle manière à ne pas risquer de tomber en état de
    surentraînement avancé. Evitez la chronicisation du surmenage en prenant conscience du fait que s’entraîner beaucoup n’est pas forcément gage de
    progression !

    Qu’en est il au niveau de votre diététique ? Vous savez que l’on ne met pas de l’essence ordinaire dans une formule 1 mais bien au contraire, on s’obstine à lui donner un mélange enrichi, raffiné et savamment dosé. De la
    même façon, le sportif désireux de progresser se doit impérativement de faire attention aux aliments qu’il ingurgite. Essayez (éventuellement sous la houlette d’une diététicienne diplômée d’état) de comprendre l’influence
    des aliments sur votre entraînement et sur vos performances. Vous vous rendrez rapidement compte a quel point il s’agit d’un facteur important.
    Combien de temps mangez vous après votre entraînement ? 1h30 ? c’est trop, vous avez loupé votre fenêtre métabolique d’absorption idéale qui se situe 1/2 heure après l’effort. Mangez vous suffisamment de glucides pour permettre la resynthèse rapide des réserves de glycogène musculaire et hépatique ? Absorbez vous suffisamment de protéines pour reconstruire
    efficacement les lyses musculaires ? Autant de question que je vous conseille d’aborder avec un spécialiste (ça tombe bien, il y a une
    intervenante sur ce site...) je ne peux que vous encourager à effectuer un bilan complet.

    Essayez de mettre en application ces quelques conseils et tenez moi informé de l’évolution de votre sensation de fatigue permanente.

    Bon courage
    JMarc BERTRAND.


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