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Encore des morts sur le terrain !
TROUBLES CARDIAQUES DES SPORTIFS ET TESTS DE TERRAIN

(Résultats étonnants d’une expérience ancienne mais hélas toujours d’actualité)
Albert Callis professeur honoraire Faculté de Médecine Montpellier

« J’ai retrouvé au fond de mes dossiers une publication que j’avais oubliée. Elle date de bientôt 20 ans, mais elle conserve une grande valeur suite au récent décès par accident cardiaque de quelques sportifs. Ce travail est destiné à rappeler que l’exploration des sportifs a ses propres limites et qu’elle ne peut pas prévoir l’imprévisible.
Voici le texte que j’écrivais avec deux confrères il y a une vingtaine d’années… »
Quelques affirmations de cardiologues célèbres dans le milieu sportif (Pr. F. Plas) :
  • « Toute tachycardie (accélération de la fréquence cardiaque) d’effort perd le plus gros de son intensité dans la minute ou les deux minutes qui suivent la fin de l’effort »
  • « Les troubles paroxystiques du rythme cardiaque apparaissent à la fin d’un parcours ou d’une épreuve sportive »
  • « Il est souvent difficile de faire apparaître le trouble du rythme cardiaque au cours d’une épreuve d’effort, même maximale, progressivement conduite »

SURVEILLANCE ELECTROCARDIOGRAPHIQUE DU JOUEUR DE RUGBY
INTÉRÊT D’UN TEST DE TERRAIN

par les docteurs C. Canac généraliste, J-M. Robin cardiologue et A. Callis biologiste.

I / Introduction

L’encadrement médical des sportifs est de plus en plus utile et efficace. Les joueurs des équipes de rugby sont régulièrement contrôlés et il est rare d’assister à des accidents cardiaques graves pendant le match car on a la sagesse de laisser sur la touche les sujets fatigués et en mauvaise forme lorsqu’il s’agit de rencontres difficiles. Les stades bien éclairés permettent des entraînements du soir plus fréquents et mieux conduits. Les dangers du cœur dit « forcé » guettent d’avantage le sportif du dimanche que le rugbymen. D’autre part, il existe des Centres d’Evaluation de la Condition Physique et des Centres Régionaux de Médecine du Sport dans lesquels les sportifs peuvent subir toutes les épreuves indispensables à des contrôles plus poussés grâce auxquels le médecin du Club peut convaincre définitivement le joueur fatigué de rentrer dans le rang des supporters.
C’est le plus souvent le cardiologue qui a le dernier mot et le tracé électrocardiographique d’effort est devenu un des documents essentiels du dossier du sportif qui a dépassé la trentaine.

II / Le test de terrain

Le test de terrain qui essaie de reproduire les efforts caractéristiques du jeu peut, après les épreuves sur bicyclette ergométrique, être utile au médecin et à l’entraîneur. Par la facilité de sa réalisation, par la motivation du rugbymen qui préfère être « ballon en main » que « pédale aux pieds », ce test permet une approche différente du sportif riche en enseignements : temps chronométré, tension artérielle, retour du pouls à la normale, et, comme nous allons le voir, contrôle électrocardiographique dans des conditions d’effort semblables aux difficultés du match.
Aucun test de terrain épuisant ne doit être réalisé sans avoir subi auparavant une visite médicale d’aptitude au sport et mieux, un test d’effort en laboratoire.
Le test proposé se déroule ballon en main. Il a été imaginé par le Professeur Albert Callis pour provoquer des acidoses lactiques importantes et rapides. Il est réalisé entre la ligne de but et celle des 22 mètres. Il comprend un slalom, un passage d’obstacle en force (pneus), un sprint de 22 mètres, des sauts à pieds joints, la traction d’un poids (pneus au sol), un coup de pied au ballon et un sprint final de toute la largeur du terrain interrompu par un « roulé-boulé » en face des poteaux. Le sportif est épuisé. Après trois minutes de repos, la même épreuve peut être recommencée dans les mêmes conditions si le médecin l’autorise. Il y a sur le terrain un généraliste et un cardiologue avec son matériel. Le professeur faisait les prélèvements sanguins pour analyses immédiates du pH sanguin, des bicarbonates et des lactates.
Cette épreuve a été précédée d’un échauffement sur le terrain par entraînement au ballon avec le restant de l’équipe. Nous avons testé les jeunes joueurs de l’équipe de rugby de la Faculté de Médecine de Montpellier d’une moyenne d’âge de 22 ans et les joueurs d’une équipe senior d’un village proche de Montpellier : Villeneuve les Maguelonne, suivie médicalement par le docteur C. Canac.
Le premier parcours est accompli en moyenne en 35 secondes.
Le bilan sanguin donne :
  • pH = 7,21,
  • Bicarbonates = 14 mMol / litre
  • Lactates = 6 mMol / litre

Le deuxième parcours 3minutes après le premier dure en moyenne 37 secondes
Le bilan sanguin donne :
  • pH = 7,12
  • Bicarbonates = 10,5 mMol / litre
  • Lactates = 7 mMol / litre

Ceux qui ont l’habitude d’analyser des résultats biologiques doivent admettre que l’effort proposé est extrêmement intense pour acidifier le sang de telle façon en une demi-minute.

III / L’observation

Nous analyserons le cas qui nous intéresse, les autres résultats (sauf un) ayant été normaux.
Monsieur André FAB…âgé de 42 ans occupe le poste de troisième ligne centre dans l’équipe de rugby à XV senior, classée en 1ère série.
Taille 1,86 m, Poids 90 kg, ancien joueur ayant une longue expérience de niveau international en rugby à XIII. Il suit un petit traitement par Aldomet pour une légère hypertension artérielle d’ailleurs parfaitement contrôlée.
Il y a deux ans, au cours d’une rencontre, ce joueur a présenté un malaise brutal avec des signes d’angor. Il est conduit à l’hôpital le plus proche par le docteur Canac. Il arrive à l’hôpital 45 minutes après son malaise cardiaque. Les examens montrent une hypertension à 24 / 13 mais l’électrocardiogramme est normal. On décide de le garder à l’hôpital pour la nuit. Il rentre à son domicile le lendemain avec un diagnostic de « angor fonctionnel du à une hypertension artérielle »
Le lendemain de sa sortie une épreuve sur bicyclette ergométrique confirme l’absence d’anomalie cardiaque à l’effort.
Après être resté un an sur la touche, ce joueur refait une épreuve d’effort dans un centre spécialisé. L’électrocardiogramme est tout à fait normal ce qui le conduit à demander sa réintégration dans l’équipe malgré l’avis négatif du docteur Canac. Il joue contre avis médical et la saison se déroule sans aucun problème.
Ce joueur passera le test d’effort de terrain du Pr. Callis à la fin de la saison 1984. Le cardiologue met en évidence un tracé qui permet de visualiser des extrasystoles ventriculaires d’effort. Le docteur J-M. Robin, cardiologue, confirme la contre-indication absolue à la pratique d’un sport en compétition.
On peut conclure que le test de terrain a certainement permis de reproduire les conditions les plus favorables à l’apparition du tracé électrocardiographique anormal. Les tests en laboratoire proposant du pédalage étaient dans ce cas insuffisants.
Nous avons appris que ce sportif qui exerçait le métier de plombier, était décédé deux ans plus tard, après notre publication, d’un arrêt cardiaque brutal sans effort particulier de sa part.
Un autre sportif de la même équipe senior de Villeneuve les Maguelonne, 42 ans, également sans antécédents et en parfaite santé apparente, a présenté à l’issu du même test des troubles discrets de la repolarisation à type d’ischémie. Il n’avait jamais pu se rendre au test de la bicyclette ergométrique, et ainsi, grâce à ce test, nous l’avons « piégé » sur le terrain. Ce joueur a immédiatement décidé d’arrêter toute activité sportive de compétition.

IV / Conclusion

Certains sportifs peuvent présenter des signes de fatigue cardiovasculaire pendant un match, de type malaise et douleurs précordiales. Les quelques moyens simples mis à la disposition des médecins sur le terrain ne permettent pas toujours de porter un diagnostic et l’électrocardiogramme quelques heures plus tard peut s’avérer négatif. On ne sait pas ce qui s’est réellement passé. Le contrôle d’effort sur bicyclette ergométrique en milieu médicalisé ne sera pas toujours efficace car le sportif qui pédale n’est pas dans les mêmes conditions de celui qui pousse en mêlée en respiration bloquée.
A condition de le réaliser en présence d’un cardiologue équipé, c’est à dire en prenant toutes les précautions nécessaires, il peut être intéressant de soumettre le sportif à un test de terrain dans lequel il reproduira les efforts caractéristiques du sport qu’il pratique. Dans ces conditions, l’effort spécifique peut dans certains cas révéler des anomalies électrocardiographiques recherchées.
La présence du médecin du club est indispensable pour éviter tout surmenage et déceler l’apparition de tout état physique contre-indiquant la poursuite du test. L’entraîneur surveillera celui qui triche et ne se livre pas à un effort maximum. Dans ce cas, le temps moyen de réalisation du test, qui diffère selon la morphologie du sportif et le poste qu’il occupe, servira de contrôle. Grâce à ce temps chronométré, chaque sportif sera comparé à lui même au cours d’une saison.
Un bon test de terrain doit permettre de déclencher l’anomalie, bien entendu sans faire courir de risque vital au sportif. C’est pourquoi il doit être conçu dans chaque discipline par des spécialistes du sport, entraîneurs et médecins du sport, un généraliste et un cardiologue.
Tout le travail reste à faire. C’est une piste qu’il faut explorer.

V / A posteriori

Les moyens utilisés pour provoquer l’apparition d’anomalies cardiaques à l’effort sont actuellement excellents, mais il se pourrait que les contacts entre cardiologues, médecins des clubs et médecins traitants soient à améliorer. Peut être faudrait-il aussi se dire que si le test classique en laboratoire est normal chez un sportif au cœur trop volumineux ou ayant présenté des fatigues, des essoufflements exagérés, des tensions artérielles limites, ou ayant des antécédents familiaux, il serait utile de compléter les recherches selon des critères autres que le vélo de laboratoire. Notre test de terrain était très intense et approchait des limites supportables car il acidifiait considérablement le sang en quelques 30 secondes. Il aurait pu être dangereux de le réaliser sans cardiologue et enregistrement de l’électrocardiogramme pendant l’effort. Il faudrait peut-être réaliser dans certains cas d’autres tests, si possible en laboratoire, dont l’effort ressemble à celui du terrain. L’intérêt du test de terrain est que toute l’équipe est contrôlée en une soirée sur le stade.


Glossaire


Electrocardiogramme (ECG) :
Quand un muscle se contracte, on peut enregistrer une activité électrique en appliquant des électrodes, même à distance. Ainsi la contraction des fibres musculaires du cœur permet d’enregistrer et d’amplifier des millivolts en plaçant par exemple des électrodes aux poignets droit et gauche et à la cheville gauche, ou tout simplement sur le thorax (précordiales) Cette variation de potentiel électrique à distance s’inscrit sur du papier qui se déroule en fonction du temps. Ce tracé enregistré sur papier est nommé électrocardiogramme ou tracé électrocardiographique.

pH :
La mesure du pH (potentiel Hydrogène) permet ici de connaître l’acidité du sang. Le sang artériel a un pH normal voisin de 7,40 au repos. Quand les muscles sont surmenés avec déficit d’oxygène, ils produisent de l’acide lactique qui diffuse dans le sang et l’acidifie. Le pH sanguin diminue, on parle alors d’acidose lactique. Les valeurs de 7,21 et 7,12 sont très basses. Elles témoignent d’une forte acidose lactique.

Bicarbonates :
Ce sont les substances du sang qui luttent contre l’acidité de l’acide lactique. Leur valeur normale au repos est voisine de 25 mMol / litre de plasma sanguin. Leur forte diminution dans les deux tests montre que les bicarbonates ont joué leur rôle de substances anti-acides.

Lactates :
A l’état de repos, les lactates ont une concentration sanguine voisine de 1 mMol / litre. Leur valeur élevée après le test prouve que l’effort violent et court a été surtout anaérobie, c’est à dire trop court et trop intense pour avoir le temps de laisser le muscle utiliser l’oxygène. C’est un test surtout anaérobie lactique.

Angor :
Les signes d’angor sont ceux de l’angine de poitrine : violentes douleurs dans la région du cœur, derrière le sternum, en barre, qui s’irradient de façon classique vers l’épaule et le bras gauches, parfois aussi vers le cou et la mâchoire, accompagnées d’angoisse, d’essoufflement et de sueurs. Elles manifestent la souffrance de certaines régions du cœur qui manquent d’oxygène. Elles durent de quelques secondes à quelques minutes. Si elles se prolongent plus de 15 minutes, il faut suspecter un infarctus du myocarde.

Extra systoles ventriculaires d’effort :
L’excitation électrique du cœur qui déclenche sa contraction, vient de la partie haute du cœur et se propage d’abord vers les oreillettes qui se vident de leur sang dans les ventricules qui se contractent à leur tour. Une extrasystole est une contraction qui se produit alors qu’il le faudrait pas. Dans ce cas, cette activité électrique anormale se produit directement dans les ventricules. Dans certains cas bien précis, quand elles sont nombreuses et augmentent à l’effort, elles sont dangereuses et peuvent laisser planer le danger de mort subite. Ces extrasystoles modifient l’activité électrique du cœur et apparaissent donc sur le tracé électrocardiographique. Seul un cardiologue, en interprétant l’électrocardiogramme (ECG) peut dire si ces extrasystoles ventriculaires d’effort sont potentiellement dangereuses. Il existe toutes sortes d’autres extrasystoles qui ne présentent aucun danger.

Troubles de la repolarisation :
L’activité électrique du cœur est décomposable en dépolarisation des cellules cardiaques suivie de leur repolarisation. Dans le cas de ce sportif, cette repolarisation enregistrée dans l’ECG n’est pas normale.

Ischémie :
L’ischémie signifie la diminution du débit sanguin dans un organe. Ici, certaines zones du cœur ne reçoivent pas assez de sang. Cela peut être provoqué parfois par une diminution du calibre des artères coronaires.
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