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EFFETS CARDIOVASCULAIRES DU DOPAGE
EFFETS CARDIOVASCULAIRES DU DOPAGE
Jean GAUTHIER
Club des Cardiologues du Sport
Expert médical de la Fédération Internationale de Football (FIFA)
Arles France
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Introduction :

Le dopage est une réalité grandissante dans le milieu sportif. Les statistiques des fédérations , la publication des résultats positifs , les déclarations spontanées des athlètes et les minutes des affaires judiciaires , en apportent une meilleure connaissance. Sa principale caractéristique est l'universalité : toutes les nations sont touchées , avec des préférences continentales quant aux produits utilisés ; tous les sports sont concernés , même les plus inattendus ; on le retrouve à tous les niveaux de compétition , même les plus modestes ; toutes les enquêtes confirment la précocité d'utilisation , dès l'enfance. Les produits sont nombreux et s'adressent à toutes les fonctions de l'organisme : cérébrales , métaboliques , cardio-vasculaires , respiratoires , hématologiques . La détection est difficile et aléatoire dans un contexte réglementaire encore peu favorable ( dépistage urinaire quasi exclusif ) Les différents modes d'action des substances dopantes concernent à plus d'un titre le système cardio vasculaire ; il devient nécessaire de s'intéresser à leurs complications dans un double but de dépistage et de prévention , d'autant que les cas documentés sont maintenant assez nombreux . Les données expérimentales et les informations cliniques permettent de retenir 5 mécanismes principaux :

vasoconstriction
rétention hydrosaline
hyperviscosité sanguine
stimulation sympathique
troubles lipidiques .

VASOCONSTRICTION


Le mécanisme mis en cause est une augmentation rapide des résistances artérielles périphériques Les produits responsables sont essentiellement les amphétamines .

Amphétamines :
Ce sont des psycho stimulants actifs sur la vigilance , la fatigue , la douleur , le désir de vaincre ; leur utilisation remonte à 1940 , avec une recrudescence après la deuxième guerre mondiale qui avait permis d'apprécier leur efficacité ; leur interdiction date de 1968 . Leur effet stimulant sur le système nerveux autonome entraîne une augmentation des résistances artérielles périphériques. On relève un autre mécanisme d'action par effet vasoconstricteur direct de la paroi artérielle ; c'est le cas avec l'érythropoïétine ( EPO ) :

EPO :
C'est une hormone glycoprotéique d'origine rénale stimulant la production de globules rouges en cas de déperdition ou d'hypoxie ; les effets associent une augmentation de la consommation en oxygène ( VO2 Max. ) , un recul du seuil ventilatoire ( anaérobie ) , une diminution de la production des lactates , une meilleure utilisation des graisses de réserve et une épargne glycogénique , c'est- à- dire pratiquement ceux d'un entraînement idéal ; elle est connue depuis 1988 et interdite depuis 1990 . Elle a provoqué de nombreuses polémiques car sa détection directe est pour l'instant difficile , y compris dans le sang , et ses effets indirects sur l'hématocrite controversés ; toutefois , de nombreux cyclistes reconnaissent utiliser une centaine de doses par an .
On reconnaît à l'EPO un effet de majoration du tonus vasculaire , par augmentation significative du calcium libre ; il s'agit donc d'un effet vasoconstricteur direct sur la cellule musculaire lisse et les plaquettes par altération du métabolisme calcique ; on a constaté expérimentalement que l'effet hypertensif de l'EPO pouvait être annulé par la prise contemporaine d'indométhacine.

D'autres produits dopants ont un effet vasoconstricteur :

la caféine :
triméthylxanthine naturelle , antagoniste des récepteurs adrénergiques , elle augmente la contractilité de la cellule musculaire lisse en facilitant la perméabilité au calcium du réticulum sarcoplasmique ;

les corticoïdes : le cortisol potentialise l'effet vasculaire des catécholamines ; les perfluorocarbones ( PFC ) :augmentation pour l'instant inexpliquée des résistances artérielles périphériques ;

la cocaïne : le risque artériel est majeur par augmentation des résistances artérielles périphériques ; une prise nasale de 2 mg/Kg d'hydrochloride de cocaïne à 10% augmente de 35% les résistances des artères coronaires ( 18 ) .

Les effets de la vasoconstriction :
hypertension artérielle aiguë ( pic hypertensif ), chronique
œdème pulmonaire aigu, insuffisance cardiaque chronique
tachycardies : tachycardie sinusale, possibilité de troubles du rythme .

L'apparition d'une hypertension artérielle inexpliquée chez un sportif jusque là sans antécédent constitue un élément important de dépistage du dopage.


PETIT GLOSSAIRE DU LANGUAGE MEDICAL


Système nerveux autonome :
Encore appelé système nerveux végétatif. Ce système nerveux n'est pas sous le contrôle de la volonté, il agit tout seul et règle le fonctionnement des organes internes. Il est composé du système sympathique et du système parasympathique. Il y a des centres dans la moelle épinière et des ganglions nerveux. Ces deux systèmes se contrôlent et se surveillent. Par exemple, la fréquence cardiaque ne dépend pas de notre volonté. Les nerfs parasympathiques diminuent la fréquence cardiaque, les nerfs sympathiques l'augmentent. Le système nerveux autonome surveille des tas d'organes sans même que l'on ne s'en rende compte, le diamètre de la pupille de l'œil, les glandes salivaires, le cœur, les glandes sudorales, la sécrétion des bronches, le diamètre des artères, le fonctionnement du tube digestif et de ses glandes, les organes sexuels, la vessie, l'utérus, etc.

effet vasoconstricteur :
Un effet vasoconstricteur est un effet capable de diminuer le diamètre des artères, donc de gêner la circulation du sang et par là même d'imposer au cœur un travail supplémentaire qui se concrétise par l'augmentation de la tension artérielle (hypertension).

hormone glycoprotéique :
Les protéines simples ne sont formées que d'acides aminés liés entre eux. Certaines protéines contiennent autre chose que des acides aminés, cette autre chose étant appelée groupement prosthétique. Une protéine contenant un groupement prosthétique de nature glucidique, est une glycoprotéine. Protéine avec lipide = lipoprotéine.

épargne glycogénique :
Le glycogène correspond à du glucose mis en réserve dans le muscle pour servir à a contraction musculaire. Il y a aussi une réserve glycogénique dans le foie. L'épargne glycogénique décrite dans le texte signifie que si les muscles consomment mieux leurs graisses, ils économiseront leur glucose du stock glycogénique.

récepteurs adrénergiques :
L'adrénaline et la noradrénaline (catécholamines) sont des médiateurs chimiques (N.A. sécrétée par le système nerveux sympathique et adrénaline par la glande surrénale). Pour agir sur le fonctionnement des organes, il faut bien qu'ils soient captés par les cellules, c'est pour cela que les cellules possèdent des récepteurs à leur surface. Il existe des récepteurs nommés " alpha " et des récepteurs nommés " bêta " Certains médicaments vont empêcher l'action de l'adrénaline et de la noradrénaline en bloquant ces récepteurs (alpha bloquants et bêta bloquants)

réticulum sarcoplasmique :
Le réticulum sarcoplasmique est une partie des cellules musculaires formé de compartiments fermés disposés parallèlement aux myofibrilles, qui sont des tubules longitudinaux qui servent de réservoir au calcium. Quand l'influx nerveux arrive sur ces tubules, le calcium peut sortir vers les fibres et permettre la contraction. Puis le calcium retourne dans les tubules et le relâchement musculaire devient possible.

corticoïdes :
La glande surrénale est composée de deux parties : son centre ou médullosurrénale, et sa périphérie ou corticosurrénale. La glande corticosurrénale secrète des produits nommés corticoïdes. Ce sont des hormones. Les corticoïdes sont divisés en gluco-corticoïdes comme le cortisol, les minéralo-corticoïdes comme l'aldostérone et des substances à propriétés intermédiaires comme la corticostérone.

catécholamines :
L'adrénaline et la noradrénaline, formées et sécrétées par le cerveau, le système nerveux et la médullosurrénale, sont des dérivées du catéchol, c'est pourquoi on les nomme catécholamines.

chronique :
Une maladie chronique s'installe lentement et dans la durée.

aigu :
Un trouble aigu s'installe rapidement et apparaît de façon soudaine, en quelque sorte sans signes précurseurs.

œdème pulmonaire :
Un œdème pulmonaire correspond au passage d'eau (provenant du sang) dans les alvéoles pulmonaires qui s'encombrent ce qui entraîne la diminution de l'entrée d'oxygène dans le sang. Le malade s'étouffe, on entend un ronflement dans ses poumons (râles) et l'eau provoque la toux et remonte des poumons à la bouche par les voies respiratoires (trachée) Il a de l'écume à la bouche.

tachycardie :
Accélération du pouls, de la fréquence cardiaque.

tachycardie sinusale :
Accélération de la fréquence cardiaque qui reste cependant régulière, sans extrasystoles. Le rythme est élevé mais régulier. L'excitation du cœur n'est pas anarchique, c'est toujours le même centre nerveux (nœud sinusal) qui commande les contractions. Il n'y a pas arythmie.

RETENTION HYDROSALINE
" Note préliminaire : Certains produits dopants provoquent dans le corps une accumulation de sel et d'eau. Retenir 7 g de sel correspond à retenir 1 litre d'eau. "

C'est un mécanisme fréquent avec l'utilisation des corticoïdes et des anabolisants.

Les corticoïdes :
Ce sont des hormones du cortex surrénal .
Elles ont des effets anti-inflammatoires , anti-oedémateux , antalgiques , mais aussi psychostimulants , légèrement euphorisants .
Leur détection urinaire est impossible .
On sait que le cortisol des corticoïdes majore l'effet vasoconstricteur des catécholamines ; au niveau rénal , cette vasoconstriction entraîne un dysfonctionnement secondairement responsable d'une rétention hydrosaline , qui fait partie du vaste syndrome d'hypercorticisme.

Les anabolisants :
Les androgènes et stéroïdes anabolisants sont des produits hormonaux qui augmentent la synthèse des protéines en diminuant les effets cataboliques des glucocorticoïdes . Associés à l'entraînement , ils augmentent la masse musculaire en facilitant l'assimilation des protéines alimentaires .

Les substances les plus utilisées ont été la nandrolone entre 1980 et 1985 , puis les associations à partir de 1985 ; la nandrolone réapparaît au premier plan depuis 1998 . Les enfants et les adolescents sont souvent concernés.

Ces produits sont interdits depuis 1975 .

Les anabolisants entraînent une réduction de l'élimination urinaire d'azote , de sodium ,de potassium , de chlore et d'eau.

Les effets de la rétention hydrosaline : "Note : si de l'eau reste en excès dans le sang, le volume de sang augmente et la tension devient plus forte dans les artères. Le cœur se fatigue pour faire circuler plus de sang."

hypertension artérielle

insuffisance cardiaque .

Pour les corticoïdes , la rétention hydrosaline et l'hypertension artérielle font partie du syndrome d'hypercorticisme qui associe en outre hyperglycémie , hypokaliémie et acidose .

L'hypertension artérielle des anabolisants a parfois été controversée ; on s'accorde toutefois sur le fait que la courbe tensionnelle diurne est monotone , aplatie et qu'il n'y a pas de relâchement tensionnel nocturne

L'insuffisance cardiaque des anabolisants est certainement favorisée par une fibrose myocardique induite.

Petit glossaire du langage médical


Corticoïdes : La glande surrénale est composée de deux parties : son centre ou médullosurrénale, et sa périphérie ou corticosurrénale (cortex surrénal). La glande corticosurrénale secrète des produits nommés corticoïdes. Ce sont des hormones. Les corticoïdes sont divisés en gluco-corticoïdes comme le cortisol, les minéralo-corticoïdes comme l'aldostérone et des substances à propriétés intermédiaires comme la corticostérone.

Antalgique : Qui combat la douleur. On les nomme aussi analgésiques. Comme la douleur prend naissance à l'endroit douloureux, cheville par exemple lors d'une entorse, et que cette douleur est interprétée par le cerveau, il y a des analgésiques qui exercent leur action sur l'endroit douloureux, et d'autres qui agissent sur le cerveau. Action sur l'endroit lésé : analgésiques non narcotiques (aspirine, paracétamol, certains anti inflammatoires…) Action sur le cerveau : analgésiques narcotiques de type morphine (codéine, morphine et ses dérivés…) On n'utilise les narcotiques que quand les non narcotiques se sont avérés insuffisants, car ils provoquent des effets indésirables de tolérance (accoutumance) et surtout de dépendance physique et psychique (on ne peut plus s'en passer)

Cortisol : C'est l'hydrocortisone. Hormone produite par le cortex de la glande surrénale. Sa transformation chimique donne la cortisone. (voir corticoïdes)

Catécholamines : L'adrénaline et la noradrénaline, formées et sécrétées par le cerveau, le système nerveux et la médullosurrénale, sont des dérivées du catéchol, c'est pourquoi on les nomme catécholamines.

Rétention hydrosaline : Le corps humain élimine mal le sel (chlorure de sodium ou sel de cuisine) et retient de l'eau. Les tissus enflent et le poids augmente, 1 litre d'eau retenue provoque l'augmentation de poids du corps de 1 kg. (hydro = eau, saline = sel)

Hypercorticisme : Dans l'hypercorticisme, le cortex de la glande surrénale fonctionne trop et produit des quantités anormalement élevées d'hormones. Cette forte activité peut avoir deux causes : soit la glande est normale mais stimulée par d'autres hormones qui lui donnent l'ordre de s'activer (hormones venant de l'hypophyse) soit la corticosurrénale produit trop d'hormones car elle est malade (tumeurs de la glande).

Glucocorticoïdes : Cortisol et cortisone. Hormones produites par la zone dite fasciculée de la glande surrénale. Ces hormones augmentent la concentration de glucose sanguin en transformant les acides aminés (protéines) en glucose. C'est leur effet catabolisant. Ils inhibent donc la synthèse protéique. Les sportifs cherchent l'effet inverse, faire du muscle et non le détruire. En augmentant l'effet de l'adrénaline et de la noradrénaline, les glucocorticoïdes augmentent la force de contraction cardiaque. Ils stimulent la production de suc gastrique et ralentissent l'excrétion de l'eau par le rein. A forte dose ils ont un effet anti inflammatoire et anti allergique. Les glucocorticoïdes sont sécrétés en plus grande concentration en réaction au stress.

Hyperglycémie : Augmentation de la concentration du glucose dans le sang. La valeur normale est de 0,8 à 1 g/l à jeun soient 4,4 à 5,5 mmol/l. Attention, selon la méthode de dosage utilisée, les valeurs normales peuvent varier un peu. hypokaliémie : Kaliémie = Concentration en Potassium du plasma sanguin.

Hypokaliémie : Baisse de la concentration en potassium du plasma sanguin. Valeurs normales de la kaliémie vont de 3,8 à 5 meq/l (on prononce meq/l : milli équivalent par litre) Une hypokaliémie induit une forte fatigue musculaire.

Acidose : Le sang a une acidité qui est constante. On dit que le pH normal du sang est de 7,38 à 7,42. Toute acidification est néfaste. Le sportif dont les muscles produisent de l'acide lactique a un sang qui s'acidifie. Le sujet qui n'élimine pas bien le gaz carbonique par insuffisance respiratoire a également un sang acidifié.

Fibrose myocardique : Le cœur est surtout composé de fibres musculaires. La membrane qui tapisse l'intérieur du cœur et le muscle cardiaque lui même peuvent perdre leurs qualités de souplesse et de contractilité en se laissant transformer partiellement en tissu fibreux

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